Texte à méditer...  Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut.   Frédéric Mistral (1830-1914)
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Décès de Pierre Morel - par Gilbert le 29/12/2020 - 20:26


C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de notre ami Pierre Morel,
Président honoraire du Car,
Vice-président de la Fondation de la Résistance,
et fidèle du Mémorial Jean Moulin depuis sa création par son ami Bernard Bermond.




Toute sa vie, Pierre Morel, Résistant de la première heure, a été un indigné fier de l’être et engagé pour le respect de « la vérité factuelle » au sein du Comité d’Action de la Résistance où il s’est investi depuis 1948 avant d’en devenir le président.





Pierre Morel


Pierre Morel.


Hommage à Pierre Morel


Un hommage lui a été rendu dans la cour des Invalides le 11 janvier 2021.




En ce 11 janvier 2021, dans la froideur de la cour d’honneur des Invalides, un dernier hommage a été rendu à notre ami Pierre Morel, membre d’honneur du Comité régional du Mémorial Jean Moulin. Toujours présent lors de nos cérémonies, jusqu’à ce que son état de santé ne lui permette plus de se déplacer. Il était notre ami, notre référent. Pierre nous ne t’oublierons pas, dans nos cœurs toujours tu resteras. Nous pensons à Simone ton épouse depuis 73 ans, frêle silhouette stoïque durant l’hommage militaire et l’oraison funèbre prononcée par le Président Général du Souvenir Français que nous reproduisons ci-dessous avec son accord.

***

Oraison funèbre prononcée par Serge BARCELLINI, Président général du Souvenir Français, le lundi 11 janvier 2021 aux Invalides.



Pierre, je me permettrais aujourd’hui de te tutoyer ainsi que je le faisais depuis toujours.

Pierre, laisse-moi te dire combien nous t’admirons.

Nous t’admirons pour ton formidable engagement dans la Résistance.

En 1941, tu avais 18 ans lorsque tu as ton premier contact avec un réseau à Clermont-Ferrand. Tu dessines des « V » et des croix de Lorraine sur les murs de la ville et tu distribues les premiers tracts de la Résistance.

Natif de Saint-Aubin-du-Cormier en Ille-et-Vilaine, tu as suivi ton père affecté dans cette ville en 1939.

1941, c’est année de toutes les victoires des dictatures. La France est alors en plein désastre. Elle est à moitié occupée. Elle est ruinée. Elle entretient une armée d’occupation. On commence à avoir faim, à avoir froid.

1941, c’est l’année où il fallait un exceptionnel courage et une formidable capacité d’engagement et d’anticipation pour rejoindre ces premiers réseaux de résistants encore si peu coordonnés et encore si fragiles.

De retour en Bretagne, tu intègres le lycée de Rennes pour l’année scolaire 1941-1942 avant de faire ton entrée à la faculté des Sciences de cette même ville.

En novembre 1941, tu rejoins le réseau Overcloud fondé par Joël Le Tac, au sein duquel tu contribues à la recherche de terrains de parachutage et à la formation de groupes dans ta région de naissance.

Le 5 février 1942, Joël Le Tac est arrêté avec les membres de sa famille. Le réseau est désorganisé par les arrestations !

Au début de l’année 1943, tu rejoins le réseau de renseignements MARATHON dirigé par Yves Mindren qui couvre l’ensemble du département. Au sein d’un groupe d’une vingtaine d’agents, tu es chargé d’obtenir des renseignements sur l’implantation des forces allemandes en Bretagne.

Le 9 juillet 1943, Yves Mindren est arrêté par la Gestapo. Tu rentres alors en contact avec un officier du SOE (Special Operations Executive) qui est chargé d’organiser un réseau d’action en Bretagne, cet officier c’est François Vallée, compagnon de la Libération. A ses côtés, tu intègres le réseau OSCAR-PARSON dont tu seras le liquidateur après-guerre. Au sein de ce réseau, tu prends en charge la formation de groupes locaux. Le 1er novembre 1943, tu es nommé responsable des départements des Côtes-du-Nord et d’Ille-et-Vilaine – tu as 20 ans ! 27 jours plus tard, plusieurs membres de ta famille sont arrêtés. Tous appartenaient à la résistance.

Ton père est déporté le 2 août 1944, ta mère est incarcérée à la prison de Rennes, ton frère Claude est déporté le 28 juin 1944. Tu te replies alors dans le Morbihan où tu tentes par deux fois de gagner l’Angleterre. Le 13 janvier, tu es localisé par la Gestapo. Tu rejoins alors Paris avec pour objectif de gagner Londres par l’Espagne. Afin de préparer ce projet, tu convoies des aviateurs américains de Paris à Lannemezan.

En mars, tu es contraint de renoncer au passage des Pyrénées en raison de graves blessures aux pieds dues au gel et à la neige. Te voilà de retour à Paris où tu organises une filière d’évasion pour les aviateurs britanniques et américains par la voie maritime entre Lannion et l’Angleterre. La Gestapo est sur tes traces.

En avril 1944, tu échappes de peu à une arrestation. Tu gagnes les Pyrénées que tu franchis. Après avoir été incarcéré dans les prisons franquistes, notamment à Lerida, comme ton frère d’armes René Joffrès, centenaire qui ne peut être là aujourd’hui, tu arrives à Madrid le 1er juillet, à Gibraltar le 8 et enfin en Angleterre le 11 juillet 1944.

Après trois jours d’interrogatoire et un stage de parachutisme, tu es de retour en France à la mi-novembre où tu rejoins la Première Armée du général de Lattre en Alsace avant de terminer la guerre dans la poche de Saint-Nazaire, le dernier territoire français à être libéré.

Le 7 août 1945, tu es démobilisé.

Quel extraordinaire engagement que le tien,
Quels risques encourus,
Quelle formidable volonté,
Quelle passion de la France,
Pierre, nous t’admirons.

Mais, alors que tant d’autres résistants remiseront leurs souvenirs, Pierre, tu refuseras de considérer que ton combat s’était achevé le 8 mai 1945.

Ton engagement dans la Résistance est celui d’une vie.

Pour toi, la Résistance ne se réduit pas à un moment de notre histoire nationale, à un moment de ta vie, elle est bien plus que cela, elle est le fondement moral et éthique de ton existence.

Et c’est pour cela aussi Pierre que nous t’admirons.

Nous t’admirons pour ton formidable engagement dans la vie associative de la Résistance.

En 1948, tu obtiens ton diplôme de chirurgien-dentiste, puis de docteur en 1952. Ta carrière passe d’abord par l’exercice libéral au sein de ton cabinet avant d’avoir des charges plus lourdes au sein de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie. C’est à ce titre que tu effectues une importante mission au Liban en 1974. En 1987, tu cesses tes activités professionnelles pour t’investir encore davantage dans la vie associative, dans laquelle tu t’es impliqué dès les lendemains de la guerre. Dans les premières années de l’après-guerre, le grand combat des associations de résistance est celui de l’attribution de la carte de Combattant Volontaire de la Résistance, la carte CVR. De grandes associations se mobilisent dans ce combat. Tel n’est pas ton choix.

En 1948 est créée une association atypique – le Comité d’Action de la Résistance. Cette structure ne se présente ni comme une fédération, ni comme une confédération. C’est un regroupement d’associations et d’amicales des anciens des réseaux et des mouvements de résistance. C’est une structure pour les combats du temps présent. Celui de l’exaltation de l’esprit de la Résistance, celui de l’hommage aux résistants morts pour la France, celui du maintien des idéaux de la Résistance, celui de la solidarité mais aussi celui de la lutte contre les survivances du nazisme et du vichysme. C’est la grande association qui porte les valeurs de la Résistance et qui croit en l’espérance née dans la fraternité des combats. Au sein du CAR, Pierre, tu es de tous les combats. Celui du rassemblement à Rennes, une ville qui t’est chère afin d’empêcher le déroulement d’un meeting organisé par d’anciens collaborateurs, Celui de la mobilisation contre la présentation d’une pièce de Brassilach au théâtre des Arts à Paris. Celui de la constitution de partie civile « au nom de la Résistance » contre de faux résistants et de vrais collaborateurs, mais aussi contre le négationnisme.

Partout où la Résistance est bafouée, Pierre, tu réponds présent.

Mais le CAR, c’est aussi une association qui avait, avant beaucoup d’autres, compris l’ardente nécessité de mener l’autre combat, celui de la pédagogie lié au renouvellement des générations.

En 1953, le CAR créé le prix littéraire de la Résistance, un prix qui sera attribué chaque année sans discontinuer de 1961 à aujourd’hui, un prix qui a mis en lumière de grands témoignages de la Résistance et des travaux essentiels des historiens. Exceptionnelle intuition. Mais pour toi, le CAR ce sont aussi des colloques de recherches, des conférences et des interventions dans les établissements scolaires. Ces interventions que tu apprécies tant. Celles qui te mettent en contact avec la jeunesse de France les appelant au devoir de vigilance et à la véracité des faits.

Le CAR est une pépinière de résistants dont les noms nous rappellent à tous un évènement, une page d’histoire,

le général Gabriel Cochet,
Georges Bidault,
Daniel Mayer,
Charles Laurent,
Marie-Madeleine Fourcade,
Charles Verny,
Léon Boutbien,
Jean Pierre-Bloch,
Jean-Pierre Lévy,
Jean Mattéoli,
Serge Ravanel et tant d’autres.

Cette formidable pépinière de résistants, tu en assureras la présidence à partir de 2004. Parallèlement, tu es fidèle aux anciens de la section française du SOE. Avec eux, tu inaugures à Valencay leur mémorial, ton mémorial aux côtés de la Reine Mère Elisabeth en 1991.

En 2005, tu assures la présidence de « Libre Résistance », l’association du SOE.

Libre, ce terme qui te va si bien.
Libre, tu le fus dans la Résistance
Libre, tu le fus dans ta vie
Libre, tu le fus dans la vie associative

Une liberté qui te conduit à être présent dans un monde associatif qui bouge – à la Fondation de la Résistance dont tu assureras une vice-présidence, à l’Association pour les Etudes sur la Résistance Intérieure (l’AERI) où tu t’engageras afin que soit créé le musée de la Résistance en ligne, au Comité régional du Mémorial Jean Moulin de Salon-de-Provence, où tu assistes le président fondateur Bernard Bermond dès l’origine et les présidents successifs. Tu en étais jusqu’à aujourd’hui membre d’honneur.

Pierre, la Résistance est pour toi un combat.

Lorsque le moment fut venu de choisir une association héritière, tu fis le choix du Souvenir Français qui t’apparaissait comme une garantie de prolongement compte tenu de la solidité de l’association, de son enracinement et des valeurs qu’elle porte.

Le Souvenir Français est fier de ce choix et garantit aujourd’hui l’avenir du prix littéraire de la Résistance, comme il garantit l’avenir du drapeau du CAR, porté ici par des jeunes du lycée Jacques Decour de Paris et celui des archives déposées au Service Historique de la Défense.

Pierre, jusqu’à tes derniers jours, tu t’es battu pour ce que tu croyais, la fierté d’être français et les valeurs de la Résistance.

Ici, aujourd’hui, nous t’accompagnons,
ta famille, tes enfants, tes petits-enfants, tes arrière-petits-enfants si fiers de toi, et nous avons surtout une pensée pour Simone, ton épouse ici présente, qui est à tes côtés depuis 73 ans et qui se sent si seule aujourd’hui, elle qui t’a toujours épaulé dans ton investissement mémoriel et associatif et dans ta vie professionnelle car elle était, elle aussi, chirurgien-dentiste.
Ta grande famille associative, celle des Médaillés de la Résistance dont tu es et dont étaient ton père et ton frère, et dont tu fus un membre éminent de la commission nationale des Médaillés de la Résistance, celle de la Fondation de la Résistance, celle du Souvenir Français,
et ta très grande famille de l’histoire, celle des historiens qui t’ont accompagné dans les colloques et dans le jury du prix littéraire de la Résistance, celles des enseignants qui ont tant aimé te recevoir, celle des conservateurs de musées et en particulier le musée du général Leclerc de la Libération de Paris et musée Jean Moulin auquel tu as tant contribué.

Ensemble, nos trois familles réunies te disent leur admiration.

Pierre, merci pour ce que vous êtes,
Pierre, merci pour ce que vous nous avez apporté.




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