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Historique - Monument de Salon
Mémorial Jean-Moulin de Salon-de-Provence : le monument, la sculpture de Marcel Courbier

Mémorial de Salon-de-Provence


Michel Fratissier

Texte publié dans « Le champ de la mémoire » - avril 2005.

A Salon, le mémorial est beaucoup plus monumental. Il est l’oeuvre du sculpteur Marcel Courbier, qui effectue là son troisième monument dédié à Jean Moulin. Mais la thématique a changé. Le monument de Salon est tout à fait original et ne ressemble à aucun autre.

Bernard Bermond raconte volontiers, comment l’idée a germé au cours d’un repas avec Marcel Courbier, au tout début de la mise en place du projet, le sculpteur lui demandant de mimer un parachutiste tombant du ciel et touchant presque le sol. Ce que l’on sait avec certitude, c’est que le thème est fixé très tôt, entre le sculpteur, les amis qui entourent Bernard Bermond et Laure Moulin qui reçoit Marcel Courbier très rapidement. Il s’agit de commémorer le parachutage de Jean Moulin en Provence, dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942, en compagnie de Raymond Fassin et d’Hervé Montjaret.

Rappelons qu’au départ, la statue moins imposante, devait se situer sur la place Morgan, à Salon même. Le premier projet était donc moins ambitieux (choix de l’acier) et la statue devait représenter un homme touchant le sol, ses jambes repliées, des filins d’acier représentant le parachute. La commission centrale des monuments commémoratifs a refusé ce premier projet en demandant la suppression des filins d’acier et le remplacement du socle, initialement prévu en béton bouchardé, par de la pierre ou du granit. Le parachutiste abandonnant ses filins se redresse complètement, pour atteindre la taille de 6 mètres, ce qui devenait trop imposant pour la place [1].

L’implantation devait alors changer, même si Laure Moulin aurait, semble t-il, préféré une situation plus centrale. Il faut alors se mettre en quête d’un terrain, qui réponde à plusieurs impératifs, dont celui de l’accessibilité sur la route nationale, non loin de l’autoroute alors en construction et, dont le coût ne serait pas trop élevé. Le choix se porte sur le lieu actuel, même si l’on sait aujourd’hui qu’il est bien éloigné de l’endroit réel où fut parachuté Jean Moulin. La commission de Paris approuve le projet à l’unanimité, au début d’octobre 1966.

L’oeuvre est vraiment d’une grande pureté, d’un style très épuré : un bronze noir immense, les bras tendus vers le ciel, les poings serrés sur d’imaginaires sangles, les jambes fines et jointes, la tête légèrement inclinée vers le sol, tout contribue à magnifier l’homme, le clandestin tombé du ciel, juste quelques instants avant qu’il ne touche le sol de Provence. L’artiste a évolué dans son style. L’oeuvre est incontestablement moins rigide, rompt avec le classicisme des deux monuments de Chartres et de Béziers, même si l’on retrouve le style simplicité du trait et du corps dénudé, des caractéristiques propres à l’auteur. Le choix d’un bronze noir, beaucoup plus coûteux que l’acier, donne encore plus de noblesse à l’ensemble. Le parement de pierres blanches sur lequel il est fixé, détache encore plus la statuaire. La vue sur la chaîne des Alpilles, place le monument au sein d’un paysage magnifique, dominant la plaine du Crau, sur les bords du canal de la Durance. Ce choix est donc très en rupture avec tous les monuments jusqu’ici inaugurés. L’avantage du site a aussi son inconvénient, c’est-à-dire son isolement.

L’inscription sur le monument a aussi beaucoup évolué. En mars 1966, Laure Moulin fait des propositions à Bernard Bermond. A l’origine, il était prévu de faire une citation du discours d’André Malraux. Marcel Courbier a rencontré le ministre à cette occasion [2]. Laure Moulin accepte donc ce choix, mais propose aussi deux textes qui associent Jean Moulin aux autres martyrs de la Résistance : « A Jean Moulin, fils de Provence, Délégué Général de La France Libre, Fondateur et Président du Conseil national de La Résistance, à ses camarades du Combat clandestin, morts comme lui, pour que vive la France » ou « A Jean Moulin, Fils de Provence, chef de la Résistance intérieure, Héros et martyr, et à ceux qui sont morts comme lui pour que vive la France ». Elle soumet aussi une pensée relevée d’après elle, par son frère, sans doute aux fins d’une citation dans un de ses discours préfectoraux : « Pour remplir son destin, il faut d’abord y croire » [3]. Finalement l’inscription choisie est encore plus sobre et tient surtout compte de l’immense effort financier demandé : « Hommage des soldats de l’ombre à l’unificateur de la résistance, érigé par souscription publique auprès des associations d’anciens combattants, de résistants, de déportés, avec le concours des autorités officielles et parmi les élèves des écoles de Provence. Ce mémorial a été officiellement inauguré par Monsieur Chaban-Delmas Premier Ministre le 28 septembre 1969 en présence de Monsieur Henri Duvillard Ministre des Anciens Combattants et victimes de guerre, qui en avait posé la première pierre le 21 avril 1968 ». Les fonderies Blanchet-Landoski de Bagnolet ont coulé le bronze d’un poids total de plus de 1,6 tonnes et de plus de 6 mètres. Il fut acheminé par les services du ministère des Armées [4] en mai 1968, pour l’inauguration, qui fut comme on le sait, finalement retardée. La base aérienne de Salon entreposa la statue en attendant que les évènements se calment.

L’originalité du Mémorial de Salon tient donc à la fois dans le choix du site, en dehors du tissu urbain, et de sa thématique, qui n’en fait pas un monument de type funéraire.



[1] Le Préfet avait émis des réserves suite à l’avis de la commission. Il souhaite plus de précisions sur le projet et demande que le sculpteur s’aide d’un architecte qualifié pour bien mesurer toutes les implications dans le plan d’urbanisme de la place. Lettre du Préfet à Bernard Bermond du 3 mai 1966, archives Bernard Bermond, archives prives, Salon.

[2] Bernard Bermond écrit aussi au ministre pour lui faire-part de sa grande joie pour ce projet d’inscription et en profite pour lui demander son plein soutien pour la réalisation du monument. Lettre du 22 avril 1966, archives Bernard Bermond, archives privées, Salon.

[3] Lettre de Laure Moulin à Bernard Bermond, du 9 mars 1966, archives Bernard Bermond, archives privées, Salon.

[4] Demande faite par Bernard Bermond le 12 mai 1969, à Pierre Messmer. Archives Bernard Bermond, archives privées, Salon.


Date de création : 08/02/2009 - 15:31
Dernière modification : 03/04/2009 - 11:38
Catégorie : Historique
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