Texte à méditer...  Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut.   Frédéric Mistral (1830-1914)
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Genèse et péripéties de la fondation du Mémorial

Genèse et péripéties de la fondation du Mémorial Jean-Moulin de Salon

Une cérémonie grandiose


Michel Fratissier


Photos collection famille Escoffier


I. Une cérémonie d’ampleur nationale

La cérémonie de Salon est d’une ampleur inégalée, si l’on considère la période 1964 -1981 . Il y eut en fait deux manifestations. Le 21 avril 1968, le ministre des Anciens combattants et victimes de la guerre, Henri Duvillard, en présence de nombreux représentants d’associations de résistants (par exemple Charles Tillon et Max Juvenal), du représentant de l’association du corps préfectoral et des hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, vient poser la première pierre du monument. Cette présence rassure le Comité régional et son président Bernard Bermond. Dans son discours de bienvenue, celui-ci fait l’historique de la démarche :

« 3 décembre 1966 - 21 avril 1968… quelques mois ont suffi pour confirmer que le souvenir de Jean Moulin demeure toujours aussi vivace dans le cœur des Français. Notre appel du 3 décembre 1966, lancé au cours de la conférence de presse tenue à la préfecture des Bouches-du-Rhône, a trouvé un écho qui a rapidement débordé le cadre régional pour devenir une grande manifestation nationale. Après le Haut patronage de Monsieur le président de la République, votre présence ici, Monsieur le ministre, est un gage de l’intérêt que vous témoignez à notre Comité, à ces artisans de la réussite qui, dans un laps de temps très court, ont pu concrétiser cette idée généreuse de rendre à l’Unificateur de la Résistance l’hommage qui lui restait dû : celui des soldats de cette Armée de l’ombre dont il fut le chef… » . Il conclue en ces termes : « Jean Moulin n’est pas mort. Il continue à vivre, son message demeure ; nous aussi, nous ne savions pas qu’il était si simple de faire notre devoir » . Le ministre fait un discours assez court, en mettant en perspective l’hommage de Salon, et en n’oubliant pas de lier étroitement de Gaulle à Jean Moulin : « Après Béziers, où il vit le jour, après Chartres, où l’indomptable préfet de 1940 torturé pendant des heures tenta de se détruire plutôt que de signer un protocole infamant pour l’armée française, après le Pantheon, où il repose parmi les plus grands serviteurs de la nation, Salon-de-Provence a voulu ériger un monument à la gloire de Jean Moulin à quelques kilomètres du point de chute de sa première mission en France. Ainsi, ceux qui furent des soldats de la clandestinité, avec ces risques inouïs, rendront-ils eux aussi hommage à celui qui fut leur chef, à celui investi par le général de Gaulle de la difficile mission de réaliser l’unité d’action de tous les éléments qui résistaient à l’ennemi et qui effectivement la réalisa. » Le ministre, par la suite, rend hommage à Bernard Bermond, à la Fédération des Amicales de réseaux, au sculpteur, à Laure Moulin et salue l’unité des associations réalisée autour de ce projet : « en particulier, je tiens à saluer messieurs Raillard et Zélicourt, les représentants de ce corps préfectoral aux nobles traditions de service public dans lequel avait été formé Jean Moulin, et à exprimer ma gratitude à notre hôte monsieur Francou, maire de salon, qui veut bien nous accueillir en ce jour dans sa belle cité ». Il conclut classiquement sur le sens du sacrifice de Jean Moulin et de tous ceux qui comme lui, ont péri pour défendre « l’honneur » et la « liberté », pour que la France se trouve présente « à l’heure de la victoire des peuples libres » [23].

Pour l’inauguration elle-même, d’abord prévue en avril 1969, Maurice Schuman, ministre d’Etat chargé des affaires sociales, devait représenter de Gaulle[24]. Fin avril, Bernard Bermond remercie le ministre de présider la cérémonie mais, quelques jours plus tard, de Gaulle démissionne. La cérémonie est reportée en septembre. Le 2 juillet, la décision n’est pas encore prise et Bernard Bermond demande à Georges Pompidou si Maurice Schuman, qui a changé de ministère, présidera toujours la cérémonie[25]. Fin juillet, le Comité est fixé : c’est le Premier ministre en personne qui viendra. A la même période, de Gaulle refuse de participer à la cérémonie d’inauguration, s’interdisant toute manifestation publique[26]. En septembre, les comités départementaux réunis à Salon en assemblée extraordinaire, protestent contre les préparatifs de la cérémonie dont ils se sentent exclus : « … Sont particulièrement indignés et révoltés de constater avec quelle désinvolture il n’a été tenu aucun compte des suggestions ou propositions dans la mise en place du dispositif de la cérémonie, formulées par ceux qui demeurent les promoteurs du Mémorial » . Les comités souhaitent notamment que le président Bernard Bermond accueille seul, « comme il était prévu à l’origine, le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, au nom de tous les comités départementaux Jean Moulin ». Ces petits problèmes sont finalement vite aplanis. Les cérémonies peuvent commencer.

Le programme se déroule sur trois jours ! Le vendredi 26 septembre, la journée est dédiée aux divers congrès des associations de résistants, en autres, F.A.R.R.E.F.F.C.(FFC), F.N.A.R. Chaque association dispose d’une salle et de moyens de transport mis à disposition par le Comité. Puis à 16 heures, en mairie de Salon, les responsables de l’organisation des cérémonies se retrouvent. Une séance récréative au théâtre municipal, proposée en début de soirée, débute par le « Chant des partisans » .

Le lendemain, samedi 27 septembre, est plus chargé. Les cérémonies officielles démarrent. La matinée est consacrée à accueillir le train spécial venu de Paris et aux travaux des congressistes qui se poursuivent jusqu’au milieu de l’après-midi. Dans le même temps, transportée depuis le monument aux morts du Haut Fort Saint-Nicolas jusqu’à la mairie de Marseille, une flamme symbolique a été remise à Gaston Defferre, député-maire, qui l’a transmise à un ancien combattant. Ce dernier prend ensuite place sur un command-car précédé d’un véhicule du même type à bord duquel avait été placé le drapeau du Comité de coordination des associations d’anciens combattants et victimes de guerre des Bouches-du-Rhône. Accompagnés de trente motards de la gendarmerie, les deux véhicules, après avoir remonté la Canebière, prennent la direction d’Aix-en-Provence. Avant d’arriver au cimetière de Luynes, le cortège marque un arrêt devant la stèle élevée à la mémoire du maréchal de Lattre de Tassigny, au groupe d’habitations « Rhin-et-Danube », à la Mounine, sur le territoire de la commune de Bouc-Bel-Air. Dans ce cimetière de Luynes, reposent plus de 11 000 militaires tombés au cours des deux guerres mondiales. A midi, la flamme symbolique est remise à Henri Duvillard, qui embrase la vasque érigée près du cénotaphe. Arrivés quelques instants plus tôt, le ministre et les différentes personnalités s’étaient rendus à pied, entre deux haies de soldats porteurs de torches, jusqu’au promontoire où avait pris place un nombreux public. Après la sonnerie « Aux morts » , Henri Duvillard, après avoir salué les délégations de drapeaux, part pour Salon. A 17 heures, le ministre des Anciens combattants et victimes de la guerre arrive à la base aérienne de Salon où il est salué par les différentes personnalités venues l’accueillir. Après les honneurs militaires, la délégation se rend au monument aux morts de Salon, au pied duquel le ministre, le maire et Bernard Bermond déposent une gerbe. Puis Henri Duvillard est reçu à la maison des jeunes et de la culture. Les congressistes sont alors présents et le ministre prononce un premier discours, après l’accueil du maire de Salon et de Max Juvenal. A 19 h 30, Laure Moulin, le président du Comité du mémorial Jean-Moulin, les présidents des comités départementaux accueillent les participants au bivouac sous le chapiteau, pour le repas « popote ». L’ensemble des invités est convié à la veillée du souvenir. A partir de 20 h 15 : mise en place du service d’ordre, des congressistes, des associations d’anciens combattants et de leurs drapeaux ; accès à deux podiums aux personnalités et présidents et membres des associations de la Résistance. Un autre podium est en accès libre pour les autres invités. A 22 heures, la musique de la 4e R.A. se met en place, ainsi que les porteurs de torches. Le monument est illuminé, une draperie tricolore le recouvre. Un quart d’heure plus tard, le ministre arrive. La sonnerie « Aux Champs » retentit, puis le refrain de l’hymne national. Henri Duvillard se place devant le Mémorial, aux sons des modulations de l’indicatif de Londres. A 22 h 30, la flamme arrive, depuis le cimetière national de Luynes, portée par un ancien combattant désigné par le Comité de coordination des associations d’anciens combattants des Bouches-du-Rhône. La flamme est remise au maire de Salon, qui la transmet au président du Comité du Mémorial. Le ministre, entouré de Laure Moulin, d’Hervé Monjaret, du Préfet, du Général commandant la 7ème région militaire, du vice-amiral Scitivaux de Greische, du Préfet maritime de la 3ème région, face au monument, la reçoit à son tour et allume la vasque placée au pied du monument. A ce moment retentit le « Chant des partisans » et trois projecteurs de D.C.A., placés sur la colline derrière le Mémorial, s'allument. Ils projettent dans le ciel un faisceau tricolore. Dans un recueillement général, l’ensemble des participants fixe le point indiqué par les projecteurs, qui correspond approximativement au point de chute supposé du parachutage de Jean Moulin. Enfin, les faisceaux des projecteurs se rejoignent dans le ciel pour former une voûte étoilée tandis que retentit l’hymne national. A 22 h 45, le ministre repart. La garde d’honneur va commencer la veillée. Des compagnons de la Libération lui succèdent. Jusqu’à minuit, les relèves s’effectuent tous les quarts d’heure et, au début de chaque tour de veillée, la musique de la 4e R.A. joue une marche militaire. La musique militaire se retire ensuite, après un dernier hymne national, mais la veillée continue toute la nuit, jusqu’à l’aube. Un texte est lu pendant la veillée, par René Guichet, secrétaire général du Comité national du 25ème anniversaire des deux débarquements et de la Libération nationale. Après avoir évoqué les cérémonies organisées pour le 25ème anniversaire, il rappelle le sens de cet hommage, veillée « d’une famille… et quelle famille ! Celle de la Résistance ! » , pour célébrer un héros, qui fut avant tout l’homme de confiance du général de Gaulle. Le sacrifice et les souffrances de Jean Moulin sont alors évoqués, pour terminer sur l’exemple que la Résistance a donné : « Soyons fiers, amis de la Résistance, nous avons vécu une période enthousiasmante, nous avons vécu une vie d’homme, nous avons pu donner une part de nous pour la France et pour l’honneur. Dans un même cœur, tous retrouvés, pensons chacun de nous, en particulier, à celui, à celle, à ceux de nos compagnons perdus pendant le voyage. Faisons-les tous revivre en nous, à jamais, dans nos cœurs. « Ce n’est qu’un au revoir mes frères » » .

La troisième journée, le dimanche 28 septembre, est consacrée entièrement à l’inauguration proprement dite. L’accueil sur le site commence à 9h30 : accès aux différents podiums pour les invités, placement du public derrière les barrières et mise en place des enfants des écoles. Quelques minutes plus tard, arrivée de la compagnie de l’armée de l’Air, puis des drapeaux des anciens combattants de la région, précédés de la musique des anciens combattants de la Police nationale et des drapeaux des associations nationales. Pendant ce temps, le Premier ministre arrive à la base aérienne de Salon, où il reçoit les honneurs militaires.

A 10 h 30, il est au Mémorial, entouré du ministre des Anciens combattants et victimes de la guerre, de deux secrétaires d’Etat, MM. Joseph Comiti et Jacques Baumel, et de l’ensemble des personnalités. Le cortège salue le drapeau, l’hymne national retentit une première fois. Le Premier ministre passe alors les troupes en revue au son de la « marche consulaire » , pendant que les autres personnalités rejoignent l’emplacement prévu près du Mémorial, recouvert d’une immense draperie tricolore. Laure Moulin, Hervé Monjaret et un élève des écoles de Provence, Thierry Hérault, de Montpellier, choisi au hasard dans la foule, sont ensemble, au pied du monument. Jacques Chaban-Delmas se place alors devant celui-ci. Le cordon qui retient la draperie passe successivement dans leurs mains et le Premier ministre, assisté de l’élève, dévoile le Mémorial, pendant que la musique fait entendre la modulation de l’indicatif de Radio-Londres. Le « Chant des partisans » retentit tandis que les drapeaux s’inclinent.

Une patrouille aérienne de neuf « Fouga magister » passe dans le ciel. Puis le Premier ministre prononce son discours, terminé par l’hymne national. Après son allocution, Jacques Chaban-Delmas salue longuement les porte-drapeau des associations d’anciens combattants de résistants et de déportés. Les drapeaux défilent et s’inclinent devant le Mémorial. Le cortège, après avoir été reçu en mairie, part pour le banquet de fin de cérémonie, symboliquement place Morgan, sous un grand chapiteau. Seul Bernard Bermond est amené à prendre la parole. A la mairie, le maire remet la médaille de la villeau Premier ministre et une statuette souvenir, réduction fidèle de la statue de Marcel Courbier. En tout début d’après-midi, le Premier ministre et le ministre des Anciens combattants et victimes de la guerre, quittent Salon.

Ainsi s’achèvent trois jours de cérémonie.


II. Une tonalité gaullienne

Quels sont les éléments essentiels qui se dégagent de ces cérémonies ? Le premier est leur caractère très officiel. Après le départ du général de Gaulle et une campagne présidentielle agitée, le gouvernement tient de toute évidence à marquer de son empreinte cette cérémonie. La présence du Premier ministre, accompagné de son ministre des Anciens combattants et victimes de guerre et de deux secrétaires d’Etat est significative en soi. Il faut ajouter que plusieurs ministres n’ont pu faire le déplacement et s’en excusent auprès du président du Comité du Mémorial : le ministre de l’Intérieur, André Bord, le ministre d’Etat chargé des Affaires culturelles, Edmond Michelet[27], et la secrétaire d’Etat à la santé publique. La mémoire d’Etat est donc très présente pour l’inauguration du Mémorial.

La deuxième caractéristique est incontestablement l’ampleur de cette cérémonie et sa réussite indéniable. Réussite publique, puisque tous les journaux de l’époque attestent de la présence de plus de 10 000 personnes le dimanche pour assister à l’inauguration. Le banquet rassemble 1 600 convives. Avec près d’une heure de direct avec l’ORTF, la cérémonie a un impact non négligeable auprès du public. Les journaux rendent largement compte de ces journées en terme souvent très élogieux. Bernard Bermond reçoit de nombreux courriers de félicitations. Le Directeur de l’architecture du ministère des Affaires culturelles, qui n’avait pu se rendre à Salon, lui écrit en ces termes : « Ce que j’ai pu en voir à la télévision me le fait regretter plus encore. Vous devez être satisfait d’avoir si bien organisé cette très grande et émouvante cérémonie »[28]. L’association « Rhin et Danube » fait de même[29]. Robert Cousin, qui a beaucoup œuvré au début du projet, préfet mis à pied, n’a pu se rendre aux cérémonies et a suivi les cérémonies à la télévision, « le cœur serré »[30].

Troisième élément, la volonté affichée de rassemblement, à la fois de la Résistance et des diverses composantes politiques, autour de la personne de Jean Moulin. Ce ne sera pas le cas pour les cérémonies de 1973 et 1978. On compte plus de 34 comités départementaux, ayant œuvré à la réalisation du monument. Plus de 400 associations diverses de résistants et de déportés sont présentes, soit au moment des congrès, soit le dimanche 28 septembre. La liste des invités présents, couvre une colonne entière du journal le Régional des Bouche- du- Rhône : « Plusieurs membres du Conseil national de la Résistance étaient là : MM. Georges Bidault, qui fut après la mort de Jean Moulin le président du CNR ; Eugène Claudius-Petit, Jean-Pierre Lévy, Pascal Copeau. Autour de M. Muracciole, secrétaire général de l’Ordre de la Libération, trente-deux Compagnons de la Libération parmi lesquels le général Valin, ancien commandant en chef des Forces aériennes françaises libres (F.A.F.L.), et l’amiral Scitiveaux de Greische. On reconnaissait ensuite : Mme Geneviève Anthonioz -de Gaulle, nièce de l’ancien chef de la France libre; MM. Marcel Paul et Pierre Cot, anciens ministres (ce dernier était un ami personnel de Jean Moulin); Gaston Defferre, député-maire de Marseille; René Cassin, président honoraire du Conseil d’Etat, prix Nobel de la Paix; le dernier survivant du Conseil national de l’Empire, le général Vézinet, ancien de la 2ème D.B.; Yvon Morandat, ancien ministre; et MM. Mestre, chargé de mission auprès du Premier ministre, Hivernaud, chef de cabinet du ministre des Anciens combattants et victimes de guerre, Guichet, Silvy, Baillyet Boussel, chargés de mission auprès du même ministre »[31]. Outre ces personnalités, on note la présence du docteur Dugoujon, de Jean Marin, président directeur général de l’Agence France Presse, de Maurice Dejean, ambassadeur de France, de Jacques Bounin, ancien commissaire de la République, de M. Boursicot, président de l’aéroport de Paris et, bien entendu, la famille et les amis de Jean Moulin, Antoinette Sasse, M. et Mme Dubois, Melle Suzanne Escoffier, Henri Escoffier et sa famille. Une délégation importante de préfets, dont le président de l’association du corps préfectoral, M. Chapel, marque son soutien à l’hommage rendu à l’ancien préfet Jean Moulin. Enfin, de nombreux parlementaires, conseillers généraux, maires, représentants des autorités religieuses (un service religieux œcuménique a été donné) et de l’Education nationale… font partie des personnalités invitées et présentes.

Autre élément, déjà observé lors des grandes cérémonies de Béziers ou de Chartres par exemple, le caractère funéraire et républicain de ces journées. Les rites sont bien établis : passage au monument aux morts, dépôt de gerbes, visite du cimetière de Luynes, accueil en mairie (plusieurs fois), hommages des drapeaux, sonnerie « Aux morts », l’hymne national, l’armée qui rend hommage… Mais ici, comme pour le Panthéon, ces rites sont encore plus marqués qu’ailleurs. On veille le monument toute la nuit, comme on veillerait un mort. La flamme transportée très solennellement, faisant halte sur les lieux essentiels rappelant les sacrifices passés que l’on ne doit pas oublier, accentue encore cet aspect. La vasque illuminant le monument contribue au même effet. Le drapeau, symboliquement, passe de mains en mains, avant que le monument ne soit dévoilé. Un enfant, représentant tous les enfants de France, puisqu’il est choisi au hasard, est le garant de la mémoire et tient une place centrale aux côtés du Premier ministre pendant toute la cérémonie. La veille, le ministre avait fait une intervention à la maison des jeunes et de la culture. L’hymne national retentit à de nombreuses reprises. La présence de l’armée est forte, au sol et dans les airs. Hommage donc au mort Jean Moulin, mais aussi aux morts des deux guerres, comme en témoigne la volonté de marquage des lieux essentiels du souvenir autour de Marseille et Salon-de-Provence.

Si les anciens combattants, résistantset, déportés ne sont pas appelés à prendre la parole au monument, ils sont pleinement intégrés aux diverses journées. C’est bien la famille « résistante » qui témoigne de son sacrifice et de son engagement, au travers de l’hommage rendu à Jean Moulin: présence très forte des associations, avec drapeaux, au cœur même de la journée d’inauguration; c’est à un ancien combattant qu’est confiée la flamme; ils sont les porte-flambeau et assurent les tours de garde; hommage appuyé du Premier ministre qui salue longuement les divers porte-drapeaux ; présence d’une très importante délégation de Compagnons de la Libération, des anciens du CNR…; et l’ensemble de la première journée consacré aux différents congrès.

Dernier élément essentiel, la tonalité très gaullienne de l’ensemble, qui montre des liens indéniables avec la cérémonie au Panthéon.

D’abord, dans l’organisation de la cérémonie elle-même: une montée en puissance et en émotion, calculée, entre la première et la dernière journée; le 26 septembre est consacré uniquement aux congressistes; le 27, la cérémonie combine très savamment temps forts animés par les résistants ou par le ministre des Anciens combattants et victimes de guerre ; le 28, c’est le Premier ministre qui est bien au cœur de la cérémonie. Il est notamment seul à prendre la parole au Mémorial, même si son discours n’a pas le même retentissement que celui de Malraux.

Dans sa symbolique aussi, l’inauguration de Salon ressemble au Panthéon : rite funéraire et républicain très marqué  ; veillée et présence du gouvernement, même si le Président de la République est absent.

Dans sa thématique et son sens: hommage des résistants, de la Nation tout entière à son héros; liens constants entre Jean Moulin et de Gaulle, assurés par la tonalité des discours, par la présence de Jacques Chaban-Delmas - aux côtés de de Gaulle pendant la guerre - et de nombreux Compagnons de la Libération; par le choix, à plusieurs reprises, de l’indicatif de Radio-Londres et par l’acte commémoré, le parachutage de Jean Moulin, qui fait de lui le Délégué de de Gaulle, missionné par lui pour rassembler les mouvements de Résistance…

Et enfin, bien entendu dans une moindre mesure, par le retentissement de cette cérémonie et sa contribution au souvenir de Jean Moulin: passage d’une heure en direct à la télévision, et inauguration de nombreux lieux du souvenir après ces journées.

Incontestablement, malgré l’incertitude politique du moment, le départ du général de Gaulle et le report nécessaire de la cérémonie, ces journées sont un temps fort dans la construction de la mémoire de Jean Moulin après 1964.





[23] Discours d’Henri Duvillard, le 21 avril 1968. Archives de Bernard Bermond, archives privées, Salon.

[24] Lettre de Xavier de La Chevalerie à Bernard Bermond, le 15 avril 1969. Archives Bernard Bermond, archives privées, Salon. Sur cette plaquette, en première de couverture on trouve la photographie de Moulin prise avant guerre par Marcel Bernard, puis un mot de Georges Pompidou, nouveau président de la République, une citation de de Gaulle, des textes de Jacques Chaban-Delmas, de Henri Duvillard et de Laure Moulin.

[25] Lettre de Bernard Bermond à Georges Pompidou, du 2 juillet 1969. Archives Bernard Bermond, archives privées, Salon.

[26] Courrier du 31 juillet 1969 en réponse à une invitation de Bernard Bermond. On se souvient que pour des raisons identiques, de Gaulle avait refusé de participer à la journée de commémoration d’octobre 1946 à Béziers.

[27] Lettre à Bernard Bermond du ministre qui était ce jour là à Rome en déplacement, et qui lui écrit: « Je tiens à vous féliciter et à vous remercier de l’hommage mérité que vous avez rendu à Jean Moulin. » Octobre 1969, archives Bernard Bermond, archives privées, Salon.

[28] Lettre adressée à Bernard Bermond, début octobre 1969, archives Bernard Bermond, archives privées, Salon.

[29] Lettre à Bernard Bermond, 29 septembre 1969, département des Bouches-du-Rhône : «… caractère exceptionnel de « grandeur » que les cérémonies ont revêtu…». Archives Bernard Bermond, archives privées, Salon.

[30] Lettre à Bernard Bermond, début novembre 1969. Archives Bernard Bermond, archives privées, Salon.

[31] Le Régional des Bouches- du-Rhône, 3 octobre 1969. Ces informations sont recoupées par d’autres journaux, Le Méridional, La France du 29 septembre, Le Provençal du 29 septembre. Et l’opuscule « Dialogues… », du ministère des Anciens Combattants, du 8 janvier 1970. Fonds Bernard Bermond, archives privées, Salon.


Date de création : 13/10/2009 - 11:27
Dernière modification : 06/05/2013 - 19:54
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