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La Résistance en zone sud et Jean Moulin


Jean-Marie GUILLON

Texte publié dans Histoire et Défense. Les cahiers de Montpellier,
Hors série 2001 (parution 2003),
“Jean Moulin enfant du Languedoc et de la Provence”
Actes du colloque du 22 mai 1999,
p. 33-51.

Jean Moulin a profondément marqué l'évolution de la Résistance en zone Sud. Or cette résistance constitue l’élément clé de toute la Résistance en France. Cette place, c’est en grande à partie à Jean Moulin qu’elle la doit. Mais, dans une certaine mesure, il en est une émanation en même temps qu'il est le représentant de Londres. L’ayant vu naître, il s’y insère d’autant plus aisément en même temps qu’il contribue à l’orienter et à lui donner sa forme. Si l’on considère que la Résistance n’est pas donnée d’emblée, mais qu’elle se construit, il en est l’un des créateurs, à une place charnière essentielle. Sa force est là, car il s’est imposé comme le lien irremplaçable entre Londres et la Résistance intérieure. Cette contribution, forcément très synthétique, entend éclairer ce cheminement, celui de la Résistance de zone Sud dont Moulin ne peut être dissocié.

Pour cela, nous choisirons trois moments significatifs de l'évolution de cette résistance et de l'itinéraire de Jean Moulin, qui correspondent aux trois premiers semestres des années 1941, 1942 et 1943. Pourquoi ce choix ?

- Pour Jean Moulin, le premier moment est celui où il parcourt la zone non occupée et mène l’enquête sur une résistance en train de s'inventer, le deuxième correspond à son retour de Londres nanti des deux missions, militaires et politiques que l'on sait (créer une AS unifiée sous le commandement de Londres, assurer l'unification des mouvements), et le dernier, marqué par le deuxième voyage à Londres, le voit investi d’une nouvelle mission et de nouvelles responsabilités, étendues aux deux zones.

- Dans l’histoire de la Résistance intérieure, ces trois moments peuvent être rattachés à trois villes qui symbolisent chacune l'évolution de la France clandestine :
     - Marseille, 1941.
     - Lyon, 1942.
     - Paris, 1943.

Marseille d'abord qui, en 1941, est par excellence le lieu de l'élaboration de ce qui est en train de s'organiser et qui sert d'ailleurs de base principale à Moulin, Lyon ensuite, où les mouvements constitués ont transporté leurs états-majors au point d’en faire la “capitale” de la Résistance, Paris enfin qui redevient capitale de la France, non pas tellement parce qu’elle est désormais entièrement occupée, mais parce qu’elle doit être le centre du pouvoir politique de la France qui doit être libérée (et l'on croit cette libération très prochaine). Ces trois étapes illustrent le mouvement même de la Résistance, parti des marges, des périphéries, de la périphérie méditerranéenne et méridionale où tout un monde de réprouvés, de révoltés s'est réfugié, puis faisant la reconquête du pays jusqu'à Paris, le coeur par excellence, la ville indispensable à partir du moment où l'Etat clandestin se prépare à prendre le pouvoir. Ce mouvement de reconquête, parti du Sud vers le Nord, rend compte du processus même de la Résistance, une résistance qui n'est pas parachutée toute faite, qui ne préexiste pas aux événements, mais qui s'élabore et se réélabore sans cesse jusqu'à la victoire de l'été 1944.

Il va de soi qu’en ce qui concerne Jean Moulin, nous renvoyons prioritairement aux travaux de Daniel Cordier[1]. De ce fait, nous insisterons peu sur son action propre pour ne pas les répéter inutilement. En revanche, la résistance de zone Sud est, pour sa part, beaucoup moins clairement perçue parce que les idées reçues perturbent souvent des analyses qui devraient être plus sereines. Il est vrai que la documentation, bien qu'abondante, est très éclatée et trop rarement prise en compte de façon satisfaisante[2].


Le temps de l'invention – Marseille, 1941

On peut considérer la période qui s'étend de l'automne 1940 à l'automne 1941 comme une sorte de préhistoire de la Résistance organisée où, pour la plupart, tout est à comprendre et à concevoir. C'est le temps par excellence de la confusion, des questions que l'on se pose sur Londres, sur Vichy, sur l'action à mener. Les premiers rapports d’information qui tentent de faire le point sur les initiatives prises par ceux qui ne se résignent pas, ceux du pasteur américain Brooks, de l'envoyé de Londres Forman, des services polonais, ou celui que Moulin rédigera à Lisbonne en septembre, font tous grand cas de ce qui se passe à Marseille[3]. Ils donnent avec plus ou moins de clarté une idée de ce qui est en cours de création, la constitution des premiers mouvements - Liberté, le MLN, le groupe du général Cochet[4], etc. En fait, il s’agit davantage de chaînes ou de réseaux que de vraies organisations, A leurs côtés, sans que l’on puisse les en dissocier, se forment les premiers réseaux de renseignement comme le franco-polonais F2 (qui se situe souvent au centre des activités clandestines de la zone). Mais le plus caractéristique sans doute se trouve, comme le signale le pasteur Brooks, dans la prolifération de groupes restreints, locaux, propres à une ville, “France Liberté” à Lyon, “La Reconquête” à Vienne, “L'Espoir” à Saint-Etienne, “Liberté Egalité Fraternité” à Toulouse, le groupe socialiste de Félix Gouin à Marseille, “La Dernière colonne” qui préfigure le mouvement Libération, etc.[5]. Certes ce sont souvent "des parlotes entre amis"[6], des bulletins qui ressemblent à des tracts, des contacts hasardeux, des regroupements fragiles qui parviennent parfois à établir des liens. Cette résistance n'a pas forcément rompu avec la légalité comme le montrent les pionniers des résistances syndicaliste ou chrétienne (autour de Temps nouveaux et de Stanislas Fumet par exemple[7]). Plutôt légale, la résistance de sauvetage, confessionnelle ou non, met inévitablement un pied assez vite dans l'illégalité pour assurer les départs qui ne peuvent se faire autrement, à l’exemple de la “filière marseillaise” mise en place par le Centre américain de secours en faveur des intellectuels et artistes antinazis[8]. Il est impossible d’énumérer l’ensemble de ces initiatives. Remarquons que leur nombre met à mal la croyance assez générale à une résistance plus tardive de ce côté-ci de la ligne de démarcation. En revanche, il est vrai que rien n’est très clair, mis à part la volonté de réagir à une situation considérée comme inacceptable.

Tout est à apprendre, mais tout aussi est à comprendre. D’abord l’action, ou, autrement dit, que faire ? Bien peu ont des idées bien arrêtées, ou, plus exactement, la réalité impose des choix. Celui de l’illégalité pour la résistance de sauvetage fait partie de ces choix qui n’étaient pas nécessairement envisagés par les âmes secourables qui s’y engagent. Pour beaucoup, la seule solution si l’on veut reprendre le combat est de quitter la métropole. L’action la plus significative du moment est certainement la mise en place de filières de recrutement et de départ, par Marseille ou à travers les Pyrénées, vers un outre-mer qui doit permettre - pense-t-on - de participer à la guerre en cours. Cette orientation, très caractéristique du moment, montre bien que, contrairement à une idée reçue, les résistants qui sont à l’origine des mouvements ou de certains réseaux n’excluent pas l’action militaire ou le sabotage. Au contraire, ils s’engagent souvent dans l’illégalité en voulant reprendre le combat. Mais comment faire en l’absence d’armes, mais aussi en l’absence d’un occupant dont on supposait qu’il mettrait vite la main sur la France toute entière. C’est faute de mieux que finalement ils se consacrent à une action de type civil ou politique, propagande, renseignement, etc. En fait, chacun fait ce qu’il peut, “bricole” sans se spécialiser dans une activité donnée. La période est encore celle de la confusion des taches et la distinction entre groupes se consacrant à la propagande et réseaux ne correspond pas à la réalité du moment[9]. Bien souvent, dans le petit milieu résistant ou pré-résistant d’une ville, beaucoup se connaissent et le cloisonnement ne fonctionne pas encore. Les communistes eux-mêmes ont beaucoup de difficultés à faire prendre conscience de sa nécessité à leurs groupes, qui sont souvent formés de jeunes gens. Il n’y a pas vraiment de journaux clandestins, mais éventuellement, en nombre assez réduit, des bulletins qui ne sont en fait que des feuilles ressemblant à des tracts, tandis que les tracts – des papillons dactylographiés - n’en sont qu’aux balbutiements. Les organisations sont fragiles, y compris là où l’on bénéficie d’une certaine continuité. Le parti communiste clandestin s’essouffle derrière une répression qui décapite ses groupes locaux régulièrement, le parti socialiste n’existe plus, le comité d’action socialiste à peine et les groupes de militants s’interrogent sur Pétain comme sur de Gaulle[10]. Car une autre caractéristique du moment est le flou des analyses et une certaine confusion des repères. Les communistes eux-mêmes sont plongés dans un certain brouillard par la ligne anti-impérialiste imposée en septembre 1939, et plus encore les communistes étrangers, italiens par exemple, qui se retrouvent particulièrement isolés. Les non communistes n’ont pas tous la même appréciation de l’armistice et du Maréchal sur lequel beaucoup se font des illusions. Une partie de ceux qui entendent reprendre le combat soutiennent encore ou ont soutenu Vichy jusque dans ses aspects les plus autoritaires (ainsi du colonel Groussard qui vient à peine de s’en faire rejeter)[11]. La Révolution nationale ne choque pas forcément tous les résistants. Beaucoup partagent le sentiment d’une régénération nécessaire, ainsi du général Cochet ou d’Henri Frenay. Quant aux contacts éclectiques – des socialistes, mais aussi et surtout des hommes bien insérés dans le “système” Vichy - que prend le capitaine Fourcaud, agent de la France Libre, ils montrent pour le moins que la confusion est partagée par une partie de ceux qui la composent. Les débats au sein des premiers groupes souterrains sont ouverts et l’on peut y nourrir des réticences vis-à-vis du général de Gaulle qui apparaît à certains comme plus inquiétant que le vieux Maréchal. Finalement, l’image simple du résistant, refusant l’armistice, hostile à la politique intérieure et extérieure de Vichy et même à Pétain, rallié d’emblée au général ne correspond pas aux sentiments d’une grande partie, peut-être même de la majorité, de ceux qui forment les premiers groupes de résistants. On sait par ailleurs que certains de ces résistants précoces choisissent les Anglais plutôt que les Français Libres. On ne parle d’ailleurs pas encore de gaullisme, mais d’anglophilie et c’est celle-ci qui est le sentiment le plus commun aux uns et aux autres. Et, comme le fait très justement remarquer Daniel Cordier, on ne parle même pas encore de résistance en tant que mouvement d’opposition et de lutte[12]. Le recrutement - si l’on peut dire - des premiers groupes reflètent finalement l’éclectisme des positions. Alban Vistel pour la région lyonnaise énumère les demi-soldes de l’armée, les réfugiés alsaciens ou parisiens juifs, de jeunes bourgeois et des ouvriers[13]. On pourrait y ajouter des prisonniers évadés, des étrangers, immigrés ou réfugiés, mais aussi de nombreux élus de la République et, si l’on veut caractériser d’un point de vue politique ou idéologique ces éléments, il faut alors évoquer les communistes et autres révolutionnaires de diverses obédiences, les socialistes, les francs-maçons, les démocrates-chrétiens et quelques nationalistes radicalement anti-allemands. Les formes prises par les refus et les révoltes présentent la même variété. Ce sont moins les expressions d’une résistance organisée qui caractérisent le moment que la multiplicité de gestes spontanés ou isolés de portée variable, d’initiatives improvisées de plus ou moins grande ampleur. Si les manifestations de rue restent rares - mais on manifeste sa solidarité avec la Yougoslavie à Marseille le 28 mars -, les graffitis sont nombreux. La campagne des V lancée à l’initiative de Londres connaît dans le Midi un impact aussi remarquable que dans le Nord et démontre que l’écoute de la BBC est généralisée.

Dernier élément notable de cette résistance en train de se construire, son lieu d’expression et de cristallisation : il s’agit de la ville, de la grande ville autour de laquelle tout un maillage se constitue. Montpellier[14], Nice et les villes de la Côte d’Azur, Toulouse, Lyon, Clermont-Ferrand, Avignon, Toulon, Marseille, bien entendu, sont peu à peu reliées entre elles par des liaisons ténues, des contacts incertains, des filières nées du hasard ou du travail de bénédictin de quelques hommes et quelques femmes qui s’emploient à renouer les liens ou en tisser de nouveaux.

C’est finalement à la recherche de ce monde souterrain que part Jean Moulin pour en dresser l’inventaire. Dans cette quête, Marseille joue un rôle essentiel. Il y prend ses principaux contacts. On ne sait s’il a participé à telle ou telle de ces chaînes[15], mais l’hypothèse n’a rien d’invraisemblable puisqu’il connaît les feuilles clandestines qui circulent. Le rapport qu’il rédigera pour Londres montre qu’il a repéré les principales organisations autour desquelles l’essentiel va se faire. Sans doute - mais c’est peut-être volontaire - sous-estime-t-il le rôle des services britanniques avec lesquels, d’ailleurs, nombre des acteurs des premiers temps qu’il a côtoyés sont liés. Peut-être fait-il pour eux ce qu’il fait pour les regroupements politiques (essentiellement les socialistes dont il n’a pas pu ne pas connaître les premières initiatives) et ne les mentionne-t-il pas par prudence ou plutôt parce que, pour lui l'essentiel ne peut être là. L’importance de son rapport pour Londres tient aux informations qu’il apporte qui précisent, complètent, éclairent surtout le peu que l’on sait. Ce rapport est d’autant plus précieux pour la connaissance de la Résistance en zone Sud qu’il s'inscrit dans une série et permet d’en suivre le cheminement. Après Dolivet[16], après Brooks, après Forman et d’autres, le rapport Moulin confirme l’existence d’un courant non négligeable dont il discerne les pôles autour desquels il s'organisera. Il dit à juste titre que son objectif est bien de constituer une force paramilitaire. Il apporte la preuve que la Résistance en France non occupée offre des perspectives intéressantes. En somme il donne, pour la France Libre, une visibilité - pour reprendre une expression à la mode - à une résistance, d'origine nationale, en cours d'élaboration et qu'il faut aider à exister en même temps que l’on s'en servira pour consolider ce qui n'est encore qu'une expression extérieure du refus de la défaite.


Le temps de la construction - Lyon, 1942.

C'est à cette tâche d'organisation et de liaison que doit se consacrer Jean Moulin après son parachutage en Provence au début de 1942. En quelques mois, la situation a bien changé, le "passage à l'adolescence" s'est accompli[17], une certaine décantation a eu lieu qui s'est traduite sur le plan de l'organisation et de l'action. Les groupes de résistants, dispersés, sont devenus des mouvements reconnus grâce à la publication régulière d'une feuille qui a servi de lien. Ainsi, chaque mouvement résulte de l'absorption de groupes locaux. Le MLN, grossi de Liberté, domine de loin le monde résistant[18]. Il possède des connexions étendues et sert de point d'appui à d'autres initiatives, par exemple à la publication de Témoignage chrétien[19]. Mouvement le plus important, le mieux organisé, il couvre le plus large champ géographique et idéologique. Même s'il est orienté "à droite" pour les animateurs de Libération, il comporte en son sein de nombreux socialistes, en particulier dans la R2, la région provençale qui sert de modèle aux autres[20]. Libération qui s'est affirmé tardivement s’est greffé sur les milieux syndicalistes hostiles à Vichy, récupérant ainsi des hommes qui avaient noué d'abord des contacts avec le MLN. Enfin, encore plus hétérogène que les précédents, mais constitué selon le même processus et dans un milieu voisin, Franc-Tireur est apparu[21].

Relativement structurés, acquérant une surface grâce au journal, bénéficiant d'appuis plus solides, ces mouvements apprennent les règles de la clandestinité. Même les socialistes "partisans" du CAS, pour la plupart anciens élus que rien n’a préparé à cette situation, y viennent en donnant à cette structure un peu plus de consistance et en publiant finalement un Populaire clandestin. Il n'en va pas différemment au Parti communiste en dépit d'une culture théoriquement plus réceptive à ce type d'engagement. Le Parti, ayant pu aguerrir des militants, sort de sa période d'isolement et tente d'élargir son assise en créant de façon volontariste, mais sans grand succès, des comités départementaux du Front national. Cet apprentissage des règles de la clandestinité que chacun a dû faire (y compris les communistes qui, pour la plupart, n'en avait aucune expérience), cette invention d'une action insolite dans le cadre de la tradition démocratique et d'un Etat, certes autoritaire, mais présentant encore les apparences de la légitimité, se sont accompagnés d'une spécialisation du "travail" illégal. De ce point de vue, le principal changement vient d'une séparation plus nette - au moins au niveau des cadres - entre réseaux et mouvements, mais ce processus de différenciation est en cours et concerne davantage les réseaux britanniques que ceux de Londres, il est vrai, encore peu nombreux. C'est précisément cette importance prise par les réseaux britanniques, ceux du SOE en premier lieu, qui caractérise la résistance de ce moment en zone Sud. Le littoral méditerranéen, en particulier le secteur compris entre Cannes et Marseille, est en passe de devenir le principal lieu de contact entre la résistance en métropole et ceux qui l'appuient à l'extérieur. C'est pourquoi le réseau Carte prendra une place inattendue compte tenu de ce qu'il est en réalité[22]. L'affaire, on le sait, n'est pas sans incidence politique et la mission de Jean Moulin doit être aussi appréciée à cette aune. Nous y reviendrons.

Une Résistance en France qui a donc dépassé le stade des initiatives isolées, confuses des premiers mois et qui, dans le même temps, croit possible d'agir sur place. Du coup, le départ vers l'extérieur n'est plus (et n'est pas encore car il reprendra son intérêt un an plus tard) l'une des taches principales de ceux qui entendent poursuivre le combat. Bien au contraire, ils reçoivent désormais de l'aide de l'extérieur, du matériel et des agents qui, souvent, ont fait partie de cette cohorte ayant quitté la France auparavant, persuadée que l'on ne pouvait y agir utilement. Le déplacement du centre de gravité de la Résistance organisée de la périphérie méridionale à Lyon qui en devient alors "la capitale" est significatif de ce retournement vers le centre, sur la métropole qui caractérise ce moment. C'est là que Jean Moulin et les mouvements établissent leurs états-majors et commencent à mettre en place les embryons du futur "Etat clandestin" (Alban Vistel).

Ces contacts mieux assurés aident à clarifier les objectifs. Il y a décantation sur le plan de l'action comme sur le plan des options politiques. Aux réseaux, le renseignement et l'évasion, aux mouvements, la propagande et la préparation d'une action militaire dont on se demande ce qu'elle doit être et qui déjà trace deux possibilités, l' “action immédiate” que les groupes francs, en cours de création, doivent assurer, et l'organisation d'une armée de réserve qui pourrait intervenir le moment opportun.

Jean Moulin, délégué de Londres, ouvre des perspectives, à la fois d'un point de vue politique et d'un point de vue militaire. Il participe à la clarification en cours. D'un point de vue militaire, avec l'AS unifiée en perspective, il encourage la mise sur pied d'une "armée" telle que Frenay et ses amis l'ont envisagée et oblige les autres mouvements - Libération en particulier - à passer du stade virtuel à une bien difficile mise en oeuvre. C'est en fait du point de vue politique que l'évolution est la plus nette puisque les choix sont faits désormais sans ambiguïté, choix de de Gaulle, choix de la République, donc rejet de la Révolution nationale et abandon de toute indulgence à l'égard du Maréchal. Dans ce domaine, à l'inverse du précédent, c'est en quelque sorte Combat qui suit la ligne sur laquelle Libération et Franc-Tireur se sont fondés. Il est vrai que la répression vichyste a facilité choix. A partir du printemps 1941 et plus encore à l'automne, avec les grandes rafles opérées dans le très perméable petit monde résistant de la région marseillaise (MLN, Liberté, réseaux, notamment ceux du SOE et le réseau F2 étant entremêlés), Vichy ne limite plus sa chasse aux seuls communistes et s'en prend même à ceux qui se réclament de telle ou telle de ses composantes, le général Cochet étant, par exemple, l'une des premières victimes de cette volonté de remise au diapason dont Pierre Pucheu est, sous la houlette de l'amiral Darlan, le maître d'oeuvre.

On se gardera bien, naturellement, d'idéaliser le tableau que l'on peut faire de la Résistance durant le premier semestre de 1942 en zone toujours non occupée. Les liaisons restent difficiles et fragiles, les moyens dérisoires, les structures souvent théoriques, en particulier les structures militaires, l' “action immédiate” est symbolique, l'implantation commence à peine à sortir des quelques grandes villes pour gagner, grâce aux journaux clandestins, des localités plus petites, des départements plus ruraux[23]. Tout repose dans chaque localité sur quelques individus au carrefour de toutes les initiatives, hommes ou femmes orchestres d'une résistance qui ne tient que par eux. Autrement dit, dans la plus grande partie de la zone, la Résistance n'existe pas encore, même si des comportements résistants - au sens le plus large - se font jour. L'un des phénomènes en effet les plus importants tient à leur généralisation. Il est évident pour tous ceux qui ont eu à travailler sur archives que l'atmosphère politique a beaucoup changé et, ceci, bien que l'horizon militaire international ne se soit pas encore éclairci.

Ce changement est perceptible non seulement dans l'opinion en général, mais surtout dans les faits. Le phénomène le plus spectaculaire du moment est le retour aux manifestations de rues. Ce sont les ménagères qui transgressent le plus souvent un ordre que Vichy a d'autant plus de difficultés à faire respecter que le processus de déligitimisation est engagé, y compris au sein de l'appareil d'Etat. L'hiver 1941-1942 connaît dans toute la zone méditerranéenne et le long de la vallée du Rhône une vague de protestations populaires sans précédent, un ensemble de véritables "émotions" qui se répandent d'une ville à l'autre, sans qu'il y ait un chef d'orchestre clandestin. Les motivations ne sont pas politiques, les participantes - ce sont en général des ménagères - n'ont pas de rapport avec la Résistance, il n'en reste pas moins que le mouvement ébranle les autorités, révèle le rejet d'une régime accusé de ne pas nourrir les siens et de "laisser faire" le pillage de l'occupant[24]. Quelques grèves de mineurs aux motivations identiques, encouragées plus que véritablement suscitées par les communistes, accompagnent le mouvement. Le deuxième temps de la reconquête de la rue par les opposants a lieu le 14 juillet - plus que le 1er mai - avec des manifestations qui, elles, sont politiques et résistantes, drainant dans toutes les grandes villes des centaines, souvent des milliers de personnes. Ces manifestations sont significatives du milieu dans lequel la résistance a pris racine, le milieu républicain renouvelé, mêlant les fidèles (qui ont parfois erré dans les premiers temps) à de nouveaux convertis, francs-maçons, radicaux, socialistes de diverses tendances, démocrates-chrétiens et "patriotes", les uns et les autres issus des classes moyennes, de la Fonction publique et du monde ouvrier.

La gaullisation et la républicanisation des mouvements de résistance correspond donc à l'évolution souhaitée par leur base. L'évolution des positions affichées par les dirigeants de Combat est de ce point de vue révélatrices d'un phénomène plus général en même temps que d'une prise en compte remarquable de la part d'Henri Frenay et de ses compagnons de conditions assez différentes de celles qu'ils avaient envisagées au départ. Mais n'en va-t-il pas de même à Londres où, sous l'influence de résistants métropolitains comme Christian Pineau, le général de Gaulle affiche clairement son intégration dans le courant démocratique ? De ce changement idéologique, Jean Moulin - qui mieux que quiconque peut l'apprécier - est à la fois le bénéficiaire et le garant. La nouvelle configuration politique ainsi définie vise moins à faire face à un "danger" communiste, inexistant pour l'heure, qu'à couper court aux tentatives britanniques visant à constituer une résistance en France qui soit à leurs ordres et dont la finalité serait essentiellement militaire. Ni Londres, ni les mouvements n’ont intérêt à ce qu’elle se développe en constituant une sorte d’ensemble résistant bis, autonome et d’autant plus inquiétant qu’il dispose de moyens. Pour cela, il faut faire front uni et le rôle historique de Jean Moulin alors ne tient pas seulement à la liaison assurée entre les clandestins de métropole et les combattants de la France libre ou au processus d’unification interne que, dans une certaine mesure, il conduit, mais il doit se mesurer aussi en tenant compte de cette alternative britannique qu’il contribue à mettre en échec.


Le temps de la consolidation – De Lyon à Paris, 1943[25]

Six mois plus tard, le contexte est radicalement différent. L’AS existe au moins au niveau des états-majors, même si Frenay n’a pas tort de considérer que la séparation entre branches civiles et branche militaire est inapplicable. Les mouvements font un dernier effort de recrutement pour mieux assurer leur représentation au sein des MUR, dominés logiquement par Combat, mais l’unification est en cours dans des conditions remarquables de rapidité et de facilité, compte tenu des difficultés pratiques de tous ordres qu’il faut surmonter, puisqu’elle devient effective au cours de ce premier semestre de 1943. Les directions régionales et départementales sont en place et, parfois, le processus unitaire va plus loin encore puisque des comités plus larges rassemblent déjà à l’échelon départemental ou local des représentants des mouvements et ceux des partis et autres forces de gauche (par exemple dans le Var où un tel comité est créé à l’initiative des MUR en avril).

A côté de cet ensemble avec ces services qui se diversifient, Jean Moulin étoffe ce qui devient la “Délégation”. L’ensemble constitue l’embryon de l’Etat clandestin en passe de conquérir le pouvoir civil de l’intérieur. Le transfert des états-majors clandestins de Lyon vers Paris est particulièrement significatif de ce mouvement dont la tragique réunion de Caluire devait être une étape. En même temps, il montre bien l’importance acquise par la résistance non communiste de zone Sud, élément moteur, que Jean Moulin a finalement conforté dans ce rôle. Sa deuxième mission à Londres, auprès du général de Gaulle, entérine cette évolution en même temps qu’elle confirme Moulin dans des responsabilités étendues aux deux parties du pays. Unifiée et centralisée en zone Sud, plus éclatée, mais participant désormais au grand processus de rapprochement entre mouvements et entre zones au Nord, la Résistance s’ouvre, par nécessité, aux forces politiques et syndicales, le CNR étant le résultat de cette évolution. La France Libre a d’ailleurs renforcé sa présence et l’on pense là moins aux moyens supplémentaires dont Moulin dispose qu’au très important développement pris par les réseaux divers (de renseignement ou d’action) dépendant du BCRA. Ces réseaux puisent dans le vivier militant des mouvements, commence éventuellement à leur couper l’herbe sous les pieds, ce qui ne va pas sans friction. Tout paraît donc graviter plus ou moins aisément, de plus ou moins bon gré, autour de la France Libre et de son représentant en France.

Mais de nouveaux problèmes ont surgi directement lié au développement pris par le conflit mondial et par la Résistance. Occupations (allemande et italienne) et réquisitions de main-d’oeuvre aidant, la Résistance change de dimension. Trouvant des accointances et des formes d’expression dans à peu près tous les milieux, elle est en train de s’étendre à l’ensemble du pays en entraînant les zones rurales, y compris les plus éloignées (et, souvent, elles plus que d’autres parce qu’elles deviennent des refuges). La Résistance se diversifie donc, même si le “peuple résistant” (Jean-Pierre Azéma) correspond au peuple républicain dont le gros des troupes se situe à gauche. C’est là que se trouve une partie des résistants actifs et surtout, comme l’analyse justement l’un des responsables du BCRA, André Manuel, dans son rapport de fin de mission, “les résistants actifs potentiels”, ceux sur lesquels on compte lorsque l’action se déclenchera sur une grande échelle[26].

L’action elle-même connaît une diversification remarquable puisque la Résistance organisée tend à recouvrir l’ensemble des formes prises par la contestation. Les manifestations de rues participent désormais de l’action concertée. Même si les grèves restent rares, les mouvements sociaux qui accompagnent les départs pour le STO en mars 1943 sont l’expression du réveil ouvrier. Les filières à travers les frontières ou sur le littoral méditerranéen, tout comme les réseaux dont elles dépendent souvent, se sont multipliés. La propagande par tracts et journaux est devenue régulière et abondante, du moins dans les principaux centres. L’“action immédiate” (sabotages et attentats) a pris une relative consistance depuis l’automne 1942, en particulier dans les grandes villes où opèrent les groupes de FTP ou de FTP-MOI. De nombreux maquis se constituent entre février et mars 1943, avant de prendre une réelle ampleur au printemps[27].

Cette croissance remet en question les équilibres internes au sein du monde clandestin. On sait bien désormais comment les mouvements tentent par le biais des maquis de retrouver l’instrument militaire que l’AS unifiée leur a fait (théoriquement) perdre. Mais le Service maquis balbutie à peine et, même si les groupes francs se sont multipliés et sont souvent actifs, ils n’ont pas vocation à devenir une AS bis. Peu nombreux par définition, mal armés, ils sont souvent constitués à partir de groupes de l’AS. Il n’en reste pas moins qu’un sentiment d’urgence prévaut, urgence devant la situation de cette masse de combattants potentiels que constituent les réfractaires et les premiers maquisards, urgence surtout parce que chacun croit que le débarquement va avoir lieu et, avec lui, la libération de portions de territoires. Il faut donc se préparer à ce moment de vérité et faire en sorte que les Français – dont la grande majorité espère la délivrance, mais sans s’engager - participent à leur propre libération. Cette certitude exacerbe les tensions puisqu'il faut se tenir prêt pour la prise du pouvoir. Le contrôle des principaux rouages de la clandestinité devient un enjeu décisif. Jean Moulin est au coeur de ce jeu complexe entre Londres et les mouvements, d’où la violence des attaques de Frenay ou de d’Astier, et celle de ses propres réactions.

En fait, en même temps que le mouvement centripète que nous avons signalé, cette résistance dilatée, travaillée par les forces extérieures qui souhaitent la contrôler, est parcourue de mouvements centrifuges. Ils prendront de l’ampleur après la disparition de Jean Moulin, mais commencent déjà à se faire sentir. L’affaire “suisse” (le financement des MUR par les Américains) en est l’un des symptômes. Si les premiers réseaux américains qui font leur apparition en métropole, ne représentent pas grand chose, les réseaux britanniques continuent de jouer leur propre jeu, mais il n’y a plus rien de comparable au réseau Carte/Radio Patrie qui disparaît de façon assez calamiteuse. Cependant les petits “circuits” du SOE et les réseaux de l’IS restent très actifs. Américains et Anglais paraissent liés à la nébuleuse giraudiste, aux réseaux qui se veulent les éléments avancés de l’Armée d’Afrique en métropole : l’ORA qui s’organise à peine et vise plutôt à ce moment-là à exfiltrer des officiers vers l’Afrique du Nord et les annexes des services spéciaux. Les uns et les autres bénéficient des mêmes liaisons par sous-marins qui aboutissent près de Saint-Tropez. De leurs côtés, les communistes s’imposent peu à peu dans le monde clandestin sans représenter pour le moment une véritable concurrence pour les mouvements, en général surpris du réveil d’une organisation qu’ils avaient un peu trop vite enterrée[28]. Reconnu comme partie prenante de la clandestinité depuis l’automne dans la région lyonnaise, le parti communiste tente d’imposer le Front national en le faisant passer pour un mouvement autonome et consistant, alors qu’il n’est ni l’un, ni l’autre. Il tente de jouer la carte de l’unification, d’abord en cherchant à faire du FN le centre du rassemblement, mais, la place étant prise par les MUR, il propose ici et là, en Isère par exemple, ses propres comités unitaires, habilement dénommés “de la France combattante”. Le principal instrument résistant du PCF est fourni par les FTP, constitués un peu avant l’occupation, entrés en action assez vite (notamment les groupes étrangers de la MOI) et créant assez tôt leurs propres maquis. Le rapport de force est encore très favorable aux MUR qui ont plusieurs longueur d’avance, mais, porté par la vague résistante, par le prestige soviétique, par une argumentation cohérente et séduisante, mais aussi par le prosélytisme de militants exemplaires, le développement du courant communiste commence bel et bien. Devant cette résurgence, qui les décontenance, et devant la volonté souvent affichée dans les mouvements de les marginaliser, les socialistes – du moins ceux que l’on peut qualifier de socialistes “partisans” - entendent affirmer leur existence, à l’instar de Gaston Defferre, en créant leurs propres groupes de résistance.

C’est de cet ensemble d’éléments, d’importance variable, que doit tenir compte Jean Moulin. Le mouvement d’unification qu’il a largement contribué à étendre peut être le moyen d’englober cet ensemble de forces qui constitue la résistance à cette étape – la fin du printemps de 1943 – du processus ininterrompu de recomposition qui la caractérise. Pour le dominer, il fallait, non seulement avoir une autorité reconnue, celle que Londres conférait, mais encore une connaissance intime de son mécanisme. Il fallait pour cela y avoir participé dès le début, l’avoir accompagné et y avoir travaillé, partager la culture dominante dans le monde clandestin. Est-ce excessif de considérer que Jean Moulin seul possédait ces atouts ?

Mais il y avait un autre élément dans le jeu, qui n’était pas le moindre : les forces de répression. Et celui-ci, moins que les autres encore, ne pouvait être contrôlé. Depuis le début de l’année, les arrestations effectuées par les services allemands et, dans une moindre mesure, par l’OVRA italienne ont porté des coups sérieux à l’encadrement des MUR et de l’AS. La principale de ces opérations est partie du SD de Marseille. Dirigée par Dunker Delage, elle donne lieu au rapport Flora, daté du 19 juillet. Les quarante pages du rapport concernent huit départements du Sud-Est, elles comportent les noms de 106 résistants arrêtés (plus 17 arrêtés et relâchés) et ceux de 117 autres plus ou moins précisément identifiés. Certains d’entre eux ont été arrêtés entre temps, en particulier le n° 54, Jean Moulin, puisque c’est la trahison de Multon, le secrétaire de Chevance Bertin, qui a fait rebondir les arrestations de la R2 à la R1. La Gestapo triomphe. Pourtant, là où elle se trompe, c’est dans sa conclusion : “Les Mouvements de Résistance unis restent sans direction et leur activité future est paralysée pour les temps prochains. Quand les autres personnes identifiées, et dont les arrestations ont été prévues suivant un programme établi par le service, auront été appréhendées, on devrait pouvoir affirmer la mise en pièces des Mouvements de Résistance unis”[29]. La force acquise par la Résistance est telle que ces arrestations – terribles, et pourtant vite remplacées – ne l’entraveront pas longtemps. A ce résultat, Jean Moulin avait largement contribué, mais, lui, qui pouvait le remplacer ?



[1] En premier lieu, son dernier ouvrage, “Jean Moulin, la République des catacombes”, Paris, Gallimard, 1999, mais aussi les premiers volumes de sa monumentale biographie, “Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon”, Paris, Jean-Claude Lattès, 1989 et 1993.

[2] “L’Histoire de la Résistance en France” d’Henri Noguères (Paris, Robert Laffont, à partir de 1967) reste irremplaçable pour la quantité de renseignements fournis sur tout le pays, même si l’on doit y recourir de façon critique. Voir aussi l’ouvrage pionnier de H. R. Kedward, “Naissance de la Résistance dans la France de Vichy”, Paris, Champ vallon, 1989. Une sorte de premier bilan de recherche sur les débuts de la Résistance a été tenté in J.-M. Guillon et Pierre Laborie, “Mémoire et Histoire : la Résistance”, Toulouse, Privat, 1995.

[3] Le rapport Brooks est reproduit par Jacques Baynac, Les secrets de l’affaire Jean Moulin, Paris, Le Seuil, 1998, pp. 420-426. Les autres rapports sont reproduits par D. Cordier in L’inconnu... op. cit., tome III, pp. 752-753 (Forman), 1 208-1 210 (services polonais) et 1 210 et suiv. (J. Moulin).

[4] L’un des mérites de D. Cordier est d’avoir donné à cet embryon de mouvement sa juste place in L’inconnu... op. cit., tome III.

[5] Sur la région marseillaise, voir la synthèse que nous avons tentée, “La Résistance provençale, essai de synthèse” et l’étude de Robert Mencherini, “Naissance de la Résistance à Marseille” in Provence historique, tome XLIV, oct.-déc. 1994, numéro spécial “La Provence de la Résistance à la Libération”. Pour Toulouse, voir Michel Goubet et Paul Debauges, “Histoire de la Résistance en Haute-Garonne”, Toulouse, Milan, 1992. Pour La Dernière colonne, voir Laurent Douzou, “La désobéissance. Histoire du mouvement Libération-Sud”, Paris, Odile Jacob, 1995.

[6] Cf. Alban Vistel, “La nuit sans ombres”, Paris, Fayard, 1970, p. 28 et suiv. (témoignage fondamental pour toute la région lyonnaise).

[7] Voir Charles d’Aragon, “La Résistance sans héroïsme”, Paris, Le Seuil, 1977, pp. 25 et suiv.

[8] Sur cet organisme créé par l’Américain Varian Fry, lire son témoignage de circonstance, “La liste noire”, Paris, Plon, 1999 (malheureusement édité en français 55 ans après sa parution aux Etats-Unis sans appareil critique...), celui de Daniel Bénédite, “La filière marseillaise”, Paris, Clancier-Guénaud, 1984 et les actes du colloque “Sauvetage et Résistance à Marseille” (à paraître chez Actes Sud en 1999).

[9] Sur cet apprentissage, outre A. Vistel, op. cit., voir le témoignage de Claude Bourdet, “L’aventure incertaine”, Paris, Stock, 1975.

[10] Sur les communistes en zone Sud en particulier, voir Jean-Pierre Rioux, Antoine Prost, Jean-Pierre Azéma, “Les communistes français de Munich à Châteaubriand” (1938-1941), Paris, PFNSP, 1987. Sur les socialistes, Marc Sadoun, “Les socialistes sous l’Occupation”, Paris, PFNSP, 1982.

[11] A ce sujet, L. Douzou et Denis Peschanski, “La résistance française face à l’hypothèque Vichy”, Milan, Feltrinelli, Annali 1995.

[12] D. Cordier, La République... op. cit., p. 18.

[13] A. Vistel, op. cit., pp. 18 et 48.

[14] Sur cette ville, voir le recueil de témoignages, “Une première Résistance, Liberté. Le groupe de Montpellier”, Paris, amicale des anciens de Liberté, 1991, 2e éd.

[15] D. Cordier l’affirme in La République... op. cit., p. 68.

[16] Cité par Pierre Péan, “Vies et morts de Jean Moulin”, Paris, Fayard, 1998, p. 307 et suiv. Les informations, souvent délirantes, de Dolivet sont certes sujettes à caution, il n’en reste pas moins qu’il est un des premiers à signaler l’existence d’un milieu non résigné, en particulier à Marseille.

[17] Voir A. Vistel, op. cit., pp. 108 et suiv.

[18] Sur le MLN, voir, bien entendu, le témoignage fondamental d’Henri Frenay, “La nuit finira”, Paris, Robert Laffont, 1973. Sur Liberté, Ch. D’Aragon, op. cit.

[19] Voir Renée Bédarida, “Témoignage chrétien (1941-1944)”, Paris, Les éditions ouvrières, 1977.

[20] H. Frenay, op. cit., pp. 262 et 283. Sur cette région, voir aussi Maurice Chevance Bertin, “20 000 heures d’angoisse”, Paris, Robert Laffont, 1990.

[21] Cf Dominique Veillon, “Le Franc-Tireur”, Paris, Flammarion, 1977. A son sujet, le jugement d’Yvon Morandat (“Souvenirs inédits”, Les cahiers de l’IHTP n° 329, septembre 1994) sonne très juste : à vrai dire, il s’agit à peine d’un mouvement.

[22] Sur le SOE, l’ouvrage essentiel est celui de Michael Foot, “SOE in France 1940-1944”, Londres, H.M.S.O., 1966. Sur Carte, voir le témoignage de Guillain de Bénouville, “Le sacrifice du matin”, Paris, Robert Laffont, 2r éd., 1983, pp. 115 et suiv.

[23] Là encore, le témoignage d’A. Vistel, op. cit., p. 188, est très éclairant. Il est confirmé par toutes les études locales.

[24] Voir notre étude, “Le retour des ‘‘émotions populaires’’ : manifestations de ménagères en 1942”, in Mélanges Michel Vovelle, Publications de l’Université de Provence, 1997, pp. 267-276.

[25] Pour toute cette partie, nous renvoyons au Cahier de l’IHTP n° 27, juin 1994, “Jean Moulin et la Résistance en juin 1943”, en particulier à notre synthèse sur “Le Midi”, pp. 103-112, ainsi qu’aux actes du colloque de Salon-de-Provence des 21-22 mai 1993, La Provence et la France de Munich à la Libération (1938-1945), Aix-en-Provence, Edisud, 1994.

[26] Sur ce rapport – celui de la mission Pallas – H. Noguères, op. cit., tome 3, p. 174.

[27] Sur la formation des maquis en zone Sud, l’ouvrage essentiel d’H. R. Kedward, “A la recherche du maquis. La Résistance en France du Sud 1942-1944”, Paris, Cerf, 1999. Voir aussi les travaux de François Marcot, notamment le volume qu’il a dirigé, “Lutte armée et maquis”, Besançon, Annales littéraires de l’Université de Franche-Comté, 1996.

[28] Sur leur réaction devant cette renaissance, de nombreux témoignages, par ex. H. Frenay, op. cit., p. 278 ou Y. Morandat, op. cit., p. 83.

[29] Madeleine Baudoin, “Témoins de la Résistance en R2”, Aix-en-Provence, thèse Université de Provence, dactyl., 1979, tome 2, p. 118 (le rapport est intégralement reproduit pp. 67-118). Sur ce rapport, voir D. Cordier, La République... op. cit., p. 729.


Date de création : 18/03/2009 - 23:33
Dernière modification : 10/04/2009 - 14:43
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