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Cinquante ans après : la Résistance en France du Sud en 1943


Jean-Marie GUILLON

Texte publié dans Rencontres de l’Histoire
La Provence et la France de Munich à la Libération (1938-1945),
Salon-de-Provence, 21-22 mai 1993,
diffusion Edisud, Aix-en- Provence, 1994,
p. 97-110

Alors que vous m'aviez proposé au départ d'évoquer la philosophie politique du régime de Vichy, j'ai choisi de traiter de la Résistance méridionale pour deux raisons. D'une part, c'est l'évidence, parce que ce sujet s'intégrait bien au thème général du colloque, mais aussi parce que je n'avais plus envie maintenant, dans la conjoncture présente, d'aborder une fois encore la question de Vichy. Certes l'historien que j'essaie d'être continue à s'y intéresser dans ses recherches et le citoyen que je suis aussi sait bien qu'il ne faut pas oublier cet épisode honteux. Mais, à l'heure actuelle, ce citoyen a comme une indigestion de ce Vichy que l'on met à toutes les sauces. Il considère que trop, c'est trop et qu'il est dangereux de le laisser recouvrir la mémoire de toute la période, de donner à croire que Vichy, c'était la France, toute la France, alors que ce n'est pas vrai et que ce n'est pas vrai en particulier pour cette année 1943 dont nous commémorons le cinquantenaire. Il y a cinquante les Français, dans leur majorité, n'accordaient plus de légitimité à ce régime. Par contre - et c'est l'un des changements fondamentaux du moment - c'est dans la Résistance que, de plus en plus, ils mettaient tous leurs espoirs.

Il n’est pas question évidemment dans cet exposé de donner un aperçu complet, satisfaisant de cette Résistance, même limitée à la France méridionale. Il faudrait rendre compte de trop de choses dans cette France éclatée en multiples territoires. De même qu'il n'est pas question ici de rendre compte de l'expérience individuelle ou collective qu'a représentée la Résistance. Pour ça, le témoin a l'avantage sur l'historien qui, nécessairement, découpe, désincarne, prend une distance et traite de cette question passionnante, passionnée, avec une froideur qui n'est d'ailleurs qu'apparente, rassurez-vous.

Le premier travail de l'historien, c'est de préciser la chronologie surtout lorsque les événements vont vite, ce qui est le cas comme dans toute période de crise où il y a « accélération de l’Histoire ». Qu'entend l’historien par 1943 ? Ce n'est pas pour lui la période qui va du 1er janvier au 31 décembre. Comme limites, celles du calendrier ne le satisfont pas. Il lui faut des événements ou des inflexions significatifs. Autrement dit, son "1943" démarre en fait en novembre 1942, avec l'occupation de la zone Sud, parce que c'est une coupure fondamentale, et se clôt à l'automne de 1943, non pas parce qu'il y a là un événement aussi décisif que l'année précédente, mais plutôt parce qu'il y a un faisceau d'évolutions qui font que l'on passe alors à une autre étape, à un autre moment. S'il faut prendre une date symbolique de clôture, alors, disons que ce serait le 11 novembre 1943.

Mon propos se situera donc dans ce champ chronologique qui va de novembre 1942 à novembre 1943 en gros.

Un rejet quasi unanime

Avant d'aborder la question même de la Résistance, il est indispensable de la replacer dans son contexte. On ne peut rien comprendre si l'on n'effectue pas cette démarche si l'on ne montre pas quel est l'état de l'opinion alors, même sommairement, si l'on ne montre pas comment réagissent sur elle aussi bien les événements essentiels qui se produisent dans le pays que ceux qui concernent cette guerre qui se déroule ailleurs mais que l'on suit avec une attention souvent passionnée.

Premier élément à prendre en compte, c'est le fait que l'Etat français n'existe plus aux yeux des gens. Depuis novembre 1942, le roi est nu et, pratiquement, plus grand monde, dans cette partie du pays, n'accorde au régime une légitimité quelconque. Vichy n'existe plus en tant qu'entité autonome. Ce qui ne signifie pas que l'appareil d'Etat s'est effondré ou que Vichy ait perdu ses capacités de nuisances. Bien des faits sont là pour le rappeler, que ce soit la part prise dans le drame marseillais de janvier-février 1943 (l’évacuation et la destruction du quartier du Vieux-Port), ou les condamnations à mort, suivies d'exécutions, dont les tribunaux spéciaux se rendent responsables, par exemple à Nîmes où les communistes Vincent Faïta et Jean Robert sont guillotinés en avril, ou à Toulouse où le même sort est réservé à Marcel Langer. Cela signifie que le régime a perdu la plupart des éléments qui le soutenaient jusque-là. De cette désaffection, les signes sont innombrables. On peut les voir dans les crises à répétition que traversent les municipalités nommées, secouées par une cascade de démissions, ou dans les difficultés rencontrées pour mettre en place les conseils départementaux qui doivent théoriquement remplacer les conseils généraux. On peut les voir aussi dans l'effondrement de la Légion française des combattants qui a perdu au début de l'année 1943, l'essentiel de ses adhérents et qui essaye de redorer son blason en se limitant à l'action sociale. Mais la haine accumulée contre le régime fait que les légionnaires, malgré leurs efforts pour se démarquer des plus engagés dans la collaboration (comme les miliciens), n'en sont pas moins perçus comme des "collabos" et sont exécrés bien souvent comme les véritables collaborationnistes. Autrement dit, l'opinion ne fait pas la différence entre un milicien et un légionnaire globalement confondus dans le même rejet. L'échec de la Milice qui n'arrive même pas à conserver les effectifs du SOL est un autre signe révélateur. À travers elle, Vichy, ce qui en reste, montre son nouveau visage. Radicalisé, fascisé, il n'est plus que l'appendice de l'occupant. Chacun sait qui détient le pouvoir et, dans ces conditions, Vichy n'est plus qu'une facette de ce pouvoir-là.

Le deuxième élément important à prendre en compte en France méridionale est donc ce contact désormais direct avec les troupes d'occupation, allemandes pour l'essentiel, et italiennes à l'Est du Rhône (sauf Marseille et sa région ainsi que les principales villes rhodaniennes). L'occupant est désormais physiquement présent et ceci constitue un facteur d'engagement décisif pour un certain nombre de personnes qui, tout en ayant un état d'esprit résistant, n'avaient pas franchi le pas.

Avec cette occupation totale, la France du Midi est donc intégrée davantage à l'effort de guerre et cette pression est d'autant plus sensible que les réquisitions de main-d'oeuvre pour l'Allemagne sont imposées au même moment. Bien que la loi soit de septembre 1942, les premiers départs au titre de cette "relève" contrainte n'ont lieu dans le Midi qu'à la fin de l'année et ils ne prennent de l'extension qu'avec le STO, instauré en février 1943 et appliqué à partir du mois de mars. Son apogée, l'apogée des départs en Allemagne, se situe entre juin et août 1943 au moment où toute la classe 42 est concernée.

Le déroulement de cette guerre à laquelle les Français avaient cru échapper, mais qui pèse de plus en plus, est suivi avec une extrême attention. On a le sentiment d'apercevoir le bout du tunnel. La bataille de Stalingrad est perçue dès septembre 1942 comme décisive. Elle marque une étape importante dans la réhabilitation de l'URSS aux yeux de l'opinion. Comme le dit Edgar Morin, "Stalingrad balayait en nous tous les doutes que nous avions pu avoir". L'Union soviétique est perçue désormais comme une puissance héroïque par des pans de plus en plus larges de la population. Cette attraction est concomitante d'un mouvement inverse qui affecte les Anglo-Saxons. Certes les événements d'Afrique du Nord ou d'Italie font naître bien des espérances. Chacune des poussées alliées suscite des illusions quant à un débarquement prochain sur nos côtes. On croit que la libération est pour bientôt et que l'année 1943 ne se passera pas sans qu'elle soit intervenue L'opinion oscille entre les moments d'espoir, d'exaltation et les périodes d'abattements quand ceux-ci se sont révélés chimériques. Les Alliés attendus ne sont toujours pas arrivés. Ils déçoivent et leur image a tendance à se dégrader. Cette évolution discordante est accélérée par les bombardements qui, dans la région méditerranéenne, commencent au mois d'août, ici même à Salon et Istres, le 17 août.

Pour comprendre l'évolution de la Résistance, il est donc important de la réinsérer dans ces mouvements d'opinion. Il est important aussi de constater que l'"attentisme" de l'opinion n'est pas neutralité, n'est pas hésitation entre les protagonistes, n'est pas refus de choix, mais, comme l'a écrit Pierre Laborie, est un attentisme de complicité avec les Alliés.

Cette complicité unit aussi l'opinion et la Résistance, car ce qui frappe lorsque l'on étudie les choses de près, ce n'est pas comme on le colporte trop souvent, la délation, qui n'est nullement massive, mais c'est bien la connivence, la connivence avec une résistance que l'on connaît mal, que l'on croit plus forte et plus unie qu'elle n'est en réalité, mais dans laquelle de plus en plus de gens placent tous leurs espoirs.


Date de création : 18/03/2009 - 16:17
Dernière modification : 10/04/2009 - 14:40
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